lundi 3 mars 2014

Balancier


Eprouver des envies de meurtre à la belle saison
en voyant arriver le héron, ce prédateur,
seul, ou avec un - deux -même trois compagnons,
sur les bords de l'étang, son garde-manger;
regretter qu'il pêche sans vergogne les carpes,
les beaux poissons rouges, les gardons
que nous y avons mis pour notre agrément.
Puis, les rigueurs de l'hiver installées,
avoir le coeur serré de pitié en observant
ce pauvre héron se geler les pattes
sur les eaux maintenant solidifiées,
taper en vain, longtemps, sur l'épaisse couche
de glace avec son bec effilé,
puis s'envoler découragé, toujours affamé.
Souhaiter alors ardemment que les grands froids
veuillent bien épargner le bel oiseau
jusqu'à la prochaine saisonqui
mettra de nouveau à sa portée
nos jolis poissons ...
Maria Busnot.
Le Mézeray, novembre 1993


Allemagne


Viens, mon Aimée, mes bras veulent
Te consoler. Je veux te bercer,
Démêler avec des doigts caressants
Ta chevelure embroussaillée, raidie par le sang
Et couverte de la crasse des siecles.
Qui pourra un jour te laver du sang,
Celui que tu as versé et celui qui par vengeance
S'est déversé sur toi à partir de cieux d'arain?
Il coule toujours à grands flots
Et nourrit les rivières et les ruisseaux.
Ne croyez pas que des constructions gigantesques
Puissent recouvrir les blessures et cicatrices.
Car dans les profondeurs la suppuration persiste.
Aucune bouche ne les a scellées,
Aucune parole ne les a acquittées,
Aucune main maternelle ne les a bénies.
Sous les pierres gisent toujours des morts tressaillants
Inextricablement mêlés ils crient au ciel.
Ils sont à jamais le champ de labeur
Sur lequel poussent nos fruits, âpres et amers,
Mais jamais bénis comme l'exige l'amour.
Traduction Maria Busnot

Geborgenheit


Geborgenheit
Ein Vëglein
vor Kalte zitternd
In der Hand eines
menschlichen Wesens-
Es bittet um nichts,
ersehnt nur,
Kurz erwfumt zu werden
durch einen mitfühlenden Hauch.
Übersetzung Maria Busnot


A l'abri














A l'abri
Un petit oiseau
tremblant de froid
dans le creux de la main
d'un être humain-
Il ne demande rien,
ne désire qu'être réchauffé
un court instant
par un souffie compatissant.

Maria Busnot 21 juillet 1993

Belladonne et Jusquiame













Les jours s'enfuient,
les nuages passent
haut dans le ciel
par dessus les villes et pays
vers l'inconnu.
Mais viennent les nuits
et les sombres rêves aussi.

Rempli d'angoisses tu traverses
les espaces de ton âme
depuis longtemps connus.
Tu revois les fautes de ta vie
qui menacent de t'écraser.
Tu cherches et cherches en vain
de ta détresse l'issue.
Le poison des plantes t'attire
lorsque ton pouls bat la chamade
il promet de t'égayer pour oser
commencer une nouvelle journée.
Mais de la fuite des nuits
où règnent les ténèbres
leurs fruits amers
ne pourront te délivrer.
Ils ne pourront que faire éclore
de nouvelles misères
et te conduire à la mort.
Traduction Maria Busnot.

Andalousie (1989)


Terre du soleil ardent Et
l'Alhambra de nuit
Mirage étonnant. ..
Car les splendeurs qui nous ont attirés jusqu'ici
Ne dégagent pas les mille et un parfums enivrants
Venus d'un autre âge, d'une lointaine Arabie
Les jardins et palais voulus par les Conquérants
Comme un reflet du ciel, un terrestre paradis,
Ne baignent pas dans des senteurs exotiques, exaltants
Ils respirent simplement la vie
Et son cycle permanent
L'odeur d'humus, de feuillage rafraîchi
Par une subite pluie.
Maria Busnot - Paris, décembre 1993

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Aimer - espérer – croire


Arbre de mon coeur, saule chéri,
qui malgré ta terrible blessure
n'as cependant pas périgrave
ton image en moi et resurgis
à l'heure ou le destin m'arrachera
l'être qui faisait partie de ma vie.
Enseigne-moi qui serai comme toi
mutilée et meurtrie:
Comment rester debout et lutter pour la survie.
Comment garder l'amour et la foi en la vie,
tout en mourant avec l'être chéri.
Comment continuer à croire en Celui
qui, après avoir donné et ôté la vie,
accueille dans une joie infinie
ceux qu'avec Son amour il a nourri.
Maria Busnot - Le Mézeray, septembre 1993